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Du chiffre d'affaires au revenu : ce qu'il vous reste vraiment

En micro-entreprise, tout se calcule sur ce que vous encaissez. Voici ce que prennent l'Urssaf, l'impôt et vos frais, et ce que vous gardez, sur trois exemples chiffrés.

Par Théo Fabiano, fondateur de Calepio7 min de lecture

1. Le principe : tout part de l'encaissé

Le régime de la micro-entreprise repose sur un seul chiffre : le chiffre d'affaires encaissé, c'est-à-dire l'argent effectivement reçu sur la période. Une facture envoyée mais pas encore payée ne compte pas ; un acompte reçu compte dès qu'il est sur votre compte.

  • Pas de bénéfice à calculer : pas de bilan, pas de compte de résultat.
  • Des prélèvements proportionnels : pas de chiffre d'affaires, pas de cotisations, et aucun minimum à payer.
  • Aucune dépense déduite : un achat de 500 € ne réduit ni vos cotisations ni votre impôt.

2. Ce que prend l'Urssaf

À chaque déclaration, l'Urssaf prélève un pourcentage du chiffre d'affaires déclaré. Il finance votre assurance maladie, votre retraite de base et complémentaire, les allocations familiales et la CSG-CRDS.

Taux 2026 prélevés par l'Urssaf sur le chiffre d'affaires, en métropole
ActivitéCotisationsFormationTaxe de chambre
Vente de marchandises12,3 %0,1 % (commerçant) ou 0,3 % (artisan)0,015 % (CCI) ou 0,22 % (CMA)
Prestation commerciale ou artisanale21,2 %0,1 % (commerçant) ou 0,3 % (artisan)0,044 % (CCI) ou 0,48 % (CMA)
Profession libérale25,6 %0,2 %Aucune
Profession libérale relevant de la Cipav23,2 %0,2 %Aucune
La taxe pour frais de chambre ne concerne que les commerçants (CCI) et les artisans (CMA).
Dans Calepio : calculer vos cotisations

3. L'impôt sur le revenu

Pour l'impôt, vous avez le choix entre deux façons de payer.

Par défaut : le barème, après abattement

Vous déclarez chaque printemps votre chiffre d'affaires de l'année précédente. L'administration en retire un abattement forfaitaire censé couvrir vos frais, et le reste s'ajoute aux autres revenus de votre foyer, imposés au barème progressif.

En option : le versement libératoire

Vous payez l'impôt en même temps que vos cotisations, à un petit pourcentage du chiffre d'affaires, et c'est fini pour ce revenu. L'option est réservée aux foyers dont le revenu fiscal de référence d'il y a deux ans reste sous un plafond par part.

Abattement forfaitaire et taux du versement libératoire par activité
ActivitéAbattement pour fraisVersement libératoire
Vente de marchandises71 %1 %
Prestation commerciale ou artisanale50 %1,7 %
Profession libérale34 %2,2 %
L'abattement est d'au moins 305 €.
Dans Calepio : comparer barème et versement libératoire

4. La CFE, l'impôt local

La cotisation foncière des entreprises est due chaque année, même sans local : elle se paie au plus tard le 15 décembre. Vous en êtes exonéré l'année de création, et chaque année où votre chiffre d'affaires ne dépasse pas 5 000 €. Au-delà, son montant dépend de votre commune : de l'ordre de quelques centaines d'euros par an pour un petit chiffre d'affaires.

5. Trois exemples complets

Trois micro-entrepreneurs en régime de croisière (pas d'ACRE), seuls dans leur foyer fiscal et sans autre revenu. La CFE n'est pas comptée, car elle dépend de la commune.

Léa, graphiste (profession libérale)

36 000 € encaissés dans l'année, 2 400 € de dépenses (logiciels, ordinateur, assurance).

Urssaf : 9 216 € de cotisations (25,6 %), 72 € de formation professionnelle. Impôt (personne seule, sans autre revenu) : revenu imposable de 23 760 € après l'abattement de 34 %, soit 1 046 € d'impôt au barème, ou 792 € en versement libératoire.

Dépenses2 400 €Urssaf (cotisations, formation, chambre)9 288 €Impôt sur le revenu1 046 €Ce qui vous reste23 266 €

Il reste 23 266 € sur l'année, soit 1 939 € par mois (1 960 € avec le versement libératoire).

Karim, plombier (artisan)

50 000 € encaissés dans l'année, 9 000 € de dépenses (petites fournitures, camionnette, outillage, décennale).

Urssaf : 10 600 € de cotisations (21,2 %), 150 € de formation professionnelle, 240 € de taxe pour frais de chambre. Impôt (personne seule, sans autre revenu) : revenu imposable de 25 000 € après l'abattement de 50 %, soit 1 244 € d'impôt au barème, ou 850 € en versement libératoire.

Dépenses9 000 €Urssaf (cotisations, formation, chambre)10 990 €Impôt sur le revenu1 244 €Ce qui vous reste28 766 €

Il reste 28 766 € sur l'année, soit 2 397 € par mois (2 430 € avec le versement libératoire).

Sofia, boutique en ligne (commerçante)

80 000 € encaissés dans l'année, 44 000 € de dépenses (achat des produits revendus, emballages, frais de plateforme).

Urssaf : 9 840 € de cotisations (12,3 %), 80 € de formation professionnelle, 12 € de taxe pour frais de chambre. Impôt (personne seule, sans autre revenu) : revenu imposable de 23 200 € après l'abattement de 71 %, soit 956 € d'impôt au barème, ou 800 € en versement libératoire.

Dépenses44 000 €Urssaf (cotisations, formation, chambre)9 932 €Impôt sur le revenu956 €Ce qui vous reste25 112 €

Il reste 25 112 € sur l'année, soit 2 093 € par mois (2 106 € avec le versement libératoire).

Trois leçons. Pour Sofia, plus de la moitié du chiffre d'affaires repart en achats : un gros chiffre d'affaires en vente ne dit rien du revenu. Léa a peu de frais mais le taux de cotisations le plus élevé. Et pour les trois, imposables au barème, le versement libératoire coûte ici moins cher ; ce ne serait pas le cas dans un foyer peu ou pas imposable.

6. Vos frais : la variable qu'on oublie

Dans le régime micro, vos dépenses ne réduisent rien. Elles comptent pourtant dans ce qu'il vous reste : marchandises, matériel, véhicule, logiciel, assurance, téléphone, comptable, mutuelle et prévoyance.

  • Comparez vos frais à l'abattement. Si vos frais réels dépassent largement 50 % de votre chiffre d'affaires en prestation (ou 34 % en libéral), un autre régime peut devenir plus intéressant : parlez-en à un expert-comptable.
  • Mettez de côté à chaque paiement reçu, pas à la fin du trimestre : environ 15 % en vente, 25 % en prestation commerciale ou artisanale, 30 % en libéral.
  • En franchise de TVA, la TVA de vos achats ne se récupère pas : comptez vos dépenses TTC.

Pour aller plus loin sur les échéances de paiement, voyez le calendrier du micro-entrepreneur.

Questions fréquentes

Combien gagne un auto-entrepreneur sur 1 000 € de chiffre d'affaires ?

Avant impôt et avant ses propres dépenses, il garde environ 876 € en vente de marchandises, 785 € en prestation artisanale et 742 € en profession libérale. Il faut encore retirer l'impôt sur le revenu, la CFE et surtout les dépenses de l'activité, qui ne sont pas déductibles.

Les cotisations se calculent-elles sur le bénéfice ?

Non. En micro-entreprise, les cotisations sont un pourcentage du chiffre d'affaires encaissé, quelles que soient vos dépenses. Si vous ne gagnez rien, vous ne payez rien ; si vos frais sont élevés, vous payez quand même sur tout ce que vous encaissez.

Peut-on déduire ses frais en micro-entreprise ?

Non, ni pour les cotisations ni pour l'impôt. Pour l'impôt, l'administration retire à votre place un abattement forfaitaire censé couvrir vos frais (71 %, 50 % ou 34 % selon l'activité). Si vos frais réels dépassent nettement cet abattement, le régime micro n'est peut-être plus le plus intéressant.

Le versement libératoire est-il toujours plus avantageux ?

Non. Il est intéressant quand votre foyer serait imposé au barème à 11 % ou plus. Si votre foyer n'est pas imposable, ou très peu, le barème classique coûte souvent moins cher : avec le versement libératoire, vous payez un pourcentage de votre chiffre d'affaires même si vous n'auriez dû aucun impôt.

Combien mettre de côté sur chaque paiement reçu ?

Une règle prudente consiste à mettre de côté le taux de vos cotisations, plus 2 à 5 points pour l'impôt et la CFE : environ 15 % en vente, 25 % en prestation commerciale ou artisanale, 30 % en profession libérale. Ajustez ensuite avec un simulateur selon votre foyer.

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À lire aussi

Textes de référence

  • Code de la sécurité sociale, article L613-7 (régime micro-social : cotisations proportionnelles au chiffre d'affaires) et décrets fixant les taux applicables en 2026.
  • Code général des impôts, articles 50-0 et 102 ter (abattements forfaitaires), 151-0 (versement libératoire), 197 (barème) et 1447 et suivants (CFE).
  • Fiche officielle : autoentrepreneur.urssaf.fr, « L'essentiel du statut ».